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Ces métiers qui disparaissent… pas vraiment

Éric Grenier|

Vous êtes facteur, releveur de compteur électrique ou bien encore spécialiste de l’imprimerie? Votre métier va disparaître! Ou pas…

C’est du moins ce que laisse croire une entreprise américaine, qui a compilé une liste de professions et métiers menacés, et l’a publiée sur le web. Depuis, elle est devenue virale et tous les médias l’ont repris. Avec plus ou moins le même titre : 10 métiers qui vont disparaître!

Votre hôte a même été appelé à commenter la chose sur les ondes de la radio de Radio-Canada, à l’émission Médium large, animée par Isabelle Craig. Bref, la folie pour… pas grand-chose, quand on chasse la source de cet article.

D’abord, c’est américain. Les Canadiens, les Québécois et les Français feraient bien d’en prendre note, car les structures économiques sont pas mal différentes. Par exemple, paraît-il que le bucheron va disparaître. Je ne sais pas pour les États-Unis ou la France, mais par chez-nous, les bûcherons sont toujours là et demeureront nombreux dans nos forêts. C’est juste qu’on ne les reconnaît plus : exit la hache, le godendard et même la chainsaw (cette dernière c’est recyclée dans le cinéma, où elle tient des rôles de composition, notamment dans la comédie romantique The Texas chainsaw massacre, et ses suites 2, 3 et 4).

Désormais, les bûcherons modernes passent pour des opérateurs de pépine, surtout dans l’est du Canada où les arbres de la forêt boréale sont menus, bien assis dans leurs abatteuses-groupeuses.

Ce n’est pas parce que l’outil change, que le professionnel disparaît. Ainsi, un tisserand, c’est quelqu’un qui sait ce qu’est un tissu bien tissé, et comment y parvenir. Or, au 19ième siècle, les tisserands ont attaqué sauvagement les premières machines à tisser mécaniques, notamment à coups de battes de baseball. À tort, puisque le métier n’a pas disparu, seulement, la manière de le pratiquer a changé radicalement.

C’est un peu pourquoi ce genre de listes, assez fréquentes à mon grand désespoir, m’apparaissent toujours suspectes. Pour ne pas dire malhonnêtes. Elles n’ont qu’un seul but : «faire du clic».

Dans ce cas-ci, en plus, l’auteur non-identifié, s’est inspiré de statistiques et de prévisions provenant du Labor Bureau of Statistics, l’équivalent amerloque de Statistique Canada, mais exclusivement consacré aux données sur le marché du travail.

Et que disent ces statistiques? Que d’ici 10 ans, le métier le plus menacé de cette liste – facteur – devrait voir ses effectifs diminués de 28%. Parler de disparition, c’est un peu comme qualifier les 72% restants de zombis.
Deuxième métier le plus menacé de disparition : fermier, avec une perte projetée de 19% de ses pratiquants.

Vous en voulez des métiers disparus? En voici des vrais

Lecteur
Il s’agissait de liseur de journaux pour les rouleurs de cigares. Les ouvriers mettaient ainsi en commun les ressources nécessaires à l’embauche d’un homme qui leur lisait les journaux et les tracts syndicaux et/ou révolutionnaires. Un métier originaire de Cuba, et qui s’est répandu dans d’autres manufactures de barreaux de chaise en Floride, à New York, au Mexique et en République dominicaine pendant les 19ième et le 20ième siècles.

Opérateur d’ascenseurs
Le saviez-vous, mais avant notre époque formidable où on peut être abandonné dans un ascenseur coincé jusqu’à ce que mort de panique s’en suive, il y en avait une autre où un, ou une, gentil préposé nous conduisait en toute sécurité à l’étage choisie?

Draveur
River drivers, étrange, mais ce métier on ne peut plus québécois tire son nom d’un dérivé (sans jeu de mot) de l’anglais. Debout sur la pitoune, le draveur risquait sa vie à peu près 250 fois par heure travaillée. Remplacés aujourd’hui par des camionneurs, qui se tuent sur les dangereuses routes forestières.

Pinboy, pingirl
Non, esprit mal tourné, vous confondez avec pin-up. On parle ici plutôt de gars et de filles qui étaient payés pour replacer les quilles après chaque jeu.

Allumeur de réverbère
Avant les lampadaires, il y avait des réverbères, et les réverbères fonctionnaient au gaz, ce qui obligeait la présence d’un être humain capable de les allumer.

Coupeur, livreur de glace, ou Iceman
Leur job : couper la glace épaisse des lacs en blocs monstrueux, de les entreposer sous des tonnes de bran de scie, puis de les livrer à domicile. Ces hommes ont été libérés de la terrible sanction que constituait leur travail par une invention de la compagnie Frigidaire. Je ne vous dis pas laquelle.

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