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Est-ce la guerre dans les milieux de travail?

Éric Grenier|

Mon défi de ce petit lundi: trouver une gardienne. Hé oui, comme quelques dizaines de milliers de familles québécoises, la nôtre a dû affronter ce matin la tempête soulevée par la fermeture de la garderie en milieu familial.

Il y a grève! Près de 14 000 responsables de ce type d’établissement subventionné affiliées à la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) dansent sur les piquets de grève, plutôt que de chanter Pique-Pique-Pique. Deux mille autres éducatrices, affiliées plutôt à la CSN, ont préféré taire leurs canons. «Papa, la garderie est fermée a dit le monsieur à la radio», m’a fait remarquer, fort à propos, la petite.

Je dois reconnaître que dans mon cas, le défi n’était guère plus difficile qu’une marelle (quoique à mon âge…), grand-maman LouLou s’avérant toujours la meilleure gardienne de relève.

Des grèves partout?
De toute façon, l’idée ici n’est pas de peser le pour ou le contre de ce moyen de pression. Ni juger l’ensemble du conflit entre le gouvernement et les éducatrices en milieu familial.

Mais à consulter les médias, on a l’impression qu’en matière de relations de travail, le Québec est à feu et à sang. Voyons voir :

  • Menaces de grève chez les concessionnaires automobile et dans la construction
  • Les garderies en milieu familial en grève d’une journée aujourd’hui, et possiblement 4 autres d’ici la fin de l’été
  • Les policiers et les pompiers partout en province portent le jean et la casquette rouge
  • Les casinos de Gatineau et Montréal risquent de fermer, après 15 mois de négociations pour renouveler la convention collective.

Non, nulle part, ou presque
Et pourtant, rien n’est plus loin de la réalité. En fait, il n’y jamais eu une telle paix sociale dans les milieux de travail québécois. C’est à faire baver d’envie les dirigeants de la plupart des pays développés.

Selon les statistiques les plus récentes du ministère du Travail, celles de mai dernier, il n’y avait eu que 50 conflits de travail en 2014 (sur des milliers d’unités syndicales), touchant à peine 1034 travailleurs (sur un potentiel de 2 millions). Le nombre de jours-personnes perdus (10 personnes en lock-out ou grève une journée donne 10 journées-personnes perdues) atteignait 84 000 en mai. Auquel évidemment, s’ajoutera d’un seul coup les 14 000 des éducatrices.

À ce rythme, 2014 pourrait ressembler beaucoup à 2012, alors que le nombre de jours-personnes perdus avait été l’un des plus bas de l’histoire, avec 245 000. À peine 0,2% du temps de travail de tous les québécois avait été touché par un conflit de travail, par 9000 travailleurs.

Dans les années 80 et 90, alors qu’il y avait beaucoup moins de travailleurs, la moyenne des jours-perdus chaque année frisait le million et demi…

Les statistiques de 2013 ressemblaient un peu à ça : 180 000 travailleurs touchés, et 1 million de jours-personne perdus. Une année de misère? Pas du tout! En fait, les chiffres sont ultragonflés par un seul conflit de travail qui n’a duré qu’une semaine et quelque : la construction. Près de 175 000 travailleurs et 700 000 jours-personnes perdus.

Bref, le Québec a beau être la terre la plus syndiquée au nord du Rio Grande, ça ne semble avoir aucun effet sur la qualité de l’atmosphère qui règne entre employeurs et salariés.

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Principaux conflits en vigueur au Québec
Dans les épiceries Loblaws et Provigo en Abitibi-Témiscamingue; 114 travailleurs en grève et lock-out depuis presque 2 ans!

Chez les concessionnaires automobiles du Saguenay/Lac-Saint-Jean; 460 travailleurs en grève et lock-out depuis l’hiver 2013.


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