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Pourquoi travaille-t-on autant?

Annick Poitras|

Dans une récente entrevue, les deux fondateurs de Google ont parlé de la « fin de la semaine de 40 heures», affirmant que la vaste majorité des gens n’ont pas à travailler autant pour subvenir à leurs besoins de base. Est-ce vrai?

Lorsque deux milliardaires célèbres comme Larry Page et Sergey Brin jasent de la possibilité pour le commun des mortels de travailler moins, quelques sourcils tendent à se soulever… Mais il reste qu’en affirmant que les gens auraient le luxe de travailler moins si ce n’était de leur besoin « d’avoir des choses à faire et d’être en demande », les fondateurs de Google ont touché un point sensible chez plusieurs : le rêve d’avoir plus de temps pour soi.

La bonne nouvelle, selon Statistique Canada, c’est qu’au Québec, nous travaillons déjà moins que la plupart de nos voisins canadiens, soit de 32 heures à 35 heures par semaine en moyenne. Des horaires plus courts, la norme de 35 heures en vigueur dans le secteur public (comparé à 37,5 h dans les autres provinces), et le taux élevé de syndicalisation expliqueraient entre autres cette tendance. Les heures de travail tendent aussi à baisser au Canada et dans la grande majorité des pays de l’OCDE depuis la fin des années 1990, affirme l’organisme.

Mais cette tendance n’est pas coulée dans le béton. Différents chiffres circulent. Par exemple, d’après Ressources humaines et Développement social Canada, un Canadien sur quatre travaille désormais 50 heures par semaine alors que ce n’était le cas que d’un travailleur sur dix il y a une décennie. Et selon la division québécoise de l’Association canadienne de la santé mentale, le temps hebdomadaire consacré au boulot a augmenté de près de quatre heures en dix ans. L’organisme d’ailleurs misé sur le slogan « Prendre une pause, ç’a du bon! » lors de sa campagne de prévention en 2014.

Il faut tenir compte du fait que le nombre d’heures travaillées dépend de plusieurs facteurs, dont l’économie et la capacité des entreprises à rémunérer leurs employés.

D’ailleurs, en janvier 2014, lors de la publication de son enquête prospective sur l’emploi au Québec, l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés s’inquiétait : «La baisse des heures travaillées est une situation préoccupante qui nous laisse croire à un ralentissement dans les activités des organisations», indiquait alors Florent Francoeur, CRHA, président-directeur général de l’Ordre.

À quand la fameuse société des loisirs?
Somme toute, nous sommes encore loin de la fameuse « société des loisirs » imaginée en Occident durant les décennies prospères qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale. En 1967, le futurologue américain Herman Kahn avait d’ailleurs prédit qu’en l’an 2000, grâce aux progrès technologiques, on ne bosserait plus que 39 semaines par année… Nous sommes encore loin du compte : bien des Québécois n’ont encore que deux semaines de vacances par an!

Mais la graine a été semée. L’idée de travailler moins, et de vivre plus, fait son chemin dans les mentalités. Après le courant slow food, un certain courant slow work prend différentes formes : télétravail, flexibilité des horaires, meilleure conciliation travail-famille, congés parentaux allongés, simplicité volontaire… Plusieurs cherchent des moyens pour ne pas perdre leur vie à la gagner.

Paradoxalement, cette question fait d’ailleurs travailler bien du monde! Les librairies sont garnies de livres sur les bienfaits de ralentir le rythme et de moins travailler. Et un jeune entrepreneur américain, Tim Ferris, a même popularisé une recette pour ne travailler que quatre heures par semaine… Ça vous tente?


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