Crazzi paparazzi

Quand une photo est prise, elle est publiable

Workopolis|

Votre vie privée est-elle réellement privée? Un juge du Kansas vient de rendre une décision qui pourrait créer un précédent plutôt inquiétant, et qui, en tout cas, vous rappelle qu’il faut redoubler de vigilance lorsque vous publiez sur internet. Ces informations pourraient définitivement nuire à votre image et votre carrière. La marge entre vies privée, publique et professionnelle s’est encore amenuisée avec cette décision de justice.

Un verdict qui, pourtant, débute plutôt bien, puisque le juge a estimé qu’une étudiante en soins infirmiers n’aurait pu dû être renvoyée de l’école, suite à la publication d’une de ses photos sur Facebook. Le journal « Kansas City Star » rapporte que l’étudiante aurait demandé à son professeur l’autorisation de prendre des photos, lui précisant qu’elles seraient ensuite publiées sur le réseau social, ce qui a été fait.

Le juge a finalement annulé le renvoi de l’étudiante. En lisant en détail le jugement, on se rend compte du côté inquiétant de cette décision de justice. Le juge a écrit : « Les photos sont prises pour être vues. Lorsque l’étudiante a obtenu l’autorisation de prendre les photos, il était impensable qu’elles ne soient pas consultables. Si les photos avaient un caractère répréhensible, au point de justifier le renvoi de l’étudiante, le fait que les clichés aient été visibles sur Facebook ne change rien à cet état de fait. En donnant l’autorisation à l’étudiante de prendre les photos, il était raisonnable de prévoir qu’elles seraient visibles par d’autres personnes. »

Le juge sous-entend donc que si vous donnez l’autorisation à une personne de prendre une photo, vous lui accordez le droit de la diffuser. Et si vous avez déjà été hésitant devant un l’objectif d’un appareil photo ou d’une caméra vidéo, vous comprenez où je veux en venir.

Comparons avec cet exemple rapporté par le magazine Forbes : en 2009, Piper Peterson a poursuivi son ex-petit ami pour avoir envoyé par courriel des photos sexy d’elle à ses amis et sa famille, et a reçu 55 000 dollars en dédommagement. Si on appliquait la décision du juge du Kansas à ce cas typique, il n’y aurait pu y avoir de condamnation. Même si la protection de la personne a été mise de l’avant, cette logique pose problème.

Le professeur de droit Eric Goldman, qui a publié cette décision de justice sur son blogue, rappelle que « beaucoup de photos ne sont jamais diffusées publiquement. Les étudiants auraient pu décider de prendre ces clichés à des fins d’apprentissage ou d’archivage. J’aurai préféré que le tribunal différencie la prise de photo de sa publication. » C’est également mon sentiment.

Ce genre de décision judiciaire vous amènera sans doute à réfléchir deux fois avant de donner votre consentement pour être pris en photo, au vu des conséquences que cela peut avoir sur nos vies privée et publique.

Voici d’autres exemples de décisions judiciaires :

En 2009, la chaîne de télévision CBS rapporte qu’un professeur géorgien a affirmé avoir été contraint à la démission, car le directeur de l’école où elle enseigne avait lu, sur sa page Facebook : « En vacances, c’est l’heure du vin et de la bière. » A ce que je sache, elle ne faisait pas partie d’un groupe d’alcooliques anonymes ou organisation de ce type.

À Austin, au Texas, un professeur d’art a fait les manchettes, en 2006, quand elle a été contrainte de démissionner après avoir publié des photos de nu artistique sur sa page Flickr. CNN affirme que la femme a refusé de présenter des excuses, expliquant « être une artiste qui va continuer à participer aux activités de la communauté artistique. Si la direction ne veut pas me voir faire cela, alors elle doit me le dire franchement. Je ne me sens pas comme quelqu’un qui n’a pas atteint ses objectifs. »

En 2008, la mairesse d’Arlington, dans l’Oregon, a été forcée de démissionner, après qu’une photo d’elle en sous-vêtements, prise pour une participation, finalement annulée, à une compétition de conditionnement physique, ait été publiée sur MySpace. Ses parents, à l’origine de la publication, souhaitaient trouver un conjoint à leur fille, mère-célibataire. « Dois-je m’excuser pour ces photos sur MySpace? Sûrement pas. » Et au lieu de cela, elle a décidé de faire imprimer cette photo sur des affiches. CQFD.

Enfin, à Vancouver, en 2009, un candidat néo-démocrate avait du démissionner après la publication de photo le présentant, lors du défilé de la fierté gaie, tenant le sein d’une femme. Une autre photo le montrait les culottes baissées, et deux personnes tirant sur ses sous-vêtements. Est-ce un geste inapproprié ou un manque de jugement? C’est finalement le spectateur qui décide, et vous ne savez jamais qui tombe sur les photos que vous publiez.


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