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Revenu minimum garanti : le comment du pourquoi

Éric Grenier|

Pourquoi devriez-vous recevoir 12 000 $, 15 000$, voire 20 000$ de vos gouvernements provincial et fédéral à chaque début d’année fiscale? Pour rien, si ce n’est vos beaux yeux, et ce, sans condition, examen médical ou visite à domicile d’un représentant?

Parce qu’il pourrait s’agir que du gros, très gros bon sens, et surtout pas une lubie importée d’Utopie. À preuve, même des conservateurs, pas trop penchés sur les questions de redistributions de la richesse, ni tout à fait généreux en confiance envers les nécessiteux, trouvent l’idée géniale. Comme un nombre grandissant d’intellectuels, d’économistes, de syndicalistes, d’entrepreneurs et de politiciens. À Québec, un ministre du nouveau gouvernement en place, François Blais, s’est même fendu d’un livre pour la vendre au peuple.

Il s’agit du concept de Revenu minimum garanti (RMG). Ma collègue Takwa Souissi a abordé le sujet hier avec un représentant du Réseau canadien du revenu minimum garanti, où s’assemblent les partisans de ce système de redistribution de la richesse.

Ce que ça mange en hiver
C’est quoi le RMG? C’est un projet de lutte à la pauvreté et de redistribution de la richesse, qui, contre-intuitivement, aide tout le monde, même PKP. L’État transfère à chacun de ses citoyens adultes un revenu minimum – 10 000, 12 000 ou 20 000 $ selon le modèle –, en lieu et place de diverses allocations et mesures sociales présentement en vigueur. Ce revenu supplémentaire est bien entendu imposable. Il s’agit essentiellement d’un outil de redistribution de richesse. Les retraités canadiens connaissent déjà un système semblable avec le supplément de revenu garanti.

Le système actuel de lutte contre la pauvreté en vigueur au Canada est une constellation de programmes provinciaux et fédéraux (et parfois locaux) d’aide sociale, d’assurance-chômage, de supplément de revenus, de remboursement de taxes, d’allocations, de crédits d’impôt, d’aide au logement et de prêts et bourses. Qui supportent des milliers de mesures dans lesquelles se retrouvent des milliers de critères d’admissibilité, de conditions, de restrictions.

Un fouillis ahurissant qui coûte, au bas mot, 150 milliards par an, dont une immense partie est absorbée par une bureaucratie tentaculaire aux pouvoirs infinis, même celui de fouiner dans les poubelles des pauvres, pour savoir s’ils se payent du bon temps sur le bras des contribuables.

Pourtant, compte tenu des sommes investies, la pauvreté régresse peu au Canada et les inégalités s’accroissent. D’après différentes statistiques et méthodes de calcul sur le sujet, le taux de pauvreté au Canada aurait régressé de 10 à 9% entre 1989 et 2013, ou aurait même augmenté de 10 à 12%.Bref, rien pour sabrer le champagne.

Ils vont s’acheter de la bière et des cigarettes avec l’argent de mes taxes!
Feriez-vous, par contre, confiance aux pauvres en leur donnant 20 000 $ sans condition? C’est la question existentielle posée par le RMG. Selon l’approche paternaliste actuelle, pour bénéficier des divers programmes liés à l’aide sociale, par exemple, il faut atteindre un seuil d’indigence à peu près intolérable : ne pas avoir d’économies, être proprio d’un taco et habiter un taudis. Puis, pour toucher ses chèques mensuels, il faut se mettre à genou en public et accepter qu’un fonctionnaire sache mieux que vous ce qui est bon pour vous et vos enfants. Vous devez lui obéir au doigt et à l’œil et vous astreindre à certaines règles humiliantes, comme expliquer d’où vient cette grosse dinde dans le frigo. Cela s’est déjà vu. L’aide sociale oblige même les mères à n’acheter qu’un seul type de lait maternisé…

En échange, il en coûte justement plus de 30 000 $ par an aux gouvernements, sous forme de différentes prestations auxquelles un assisté social a droit et à leur kafkaïenne administration, pour venir en aide à un individu dans le besoin.

Et c’est bien là où le bât blesse, croit notamment le sénateur conservateur Hugh Segal, ancien conseiller de Brian Mulroney, qui voit dans le RMG une manière plus humaine d’aider les pauvres : leur demander constamment de prouver qu’ils méritent l’aide publique et menacer de la leur retirer mine leur confiance et les empêche de prendre les risques nécessaires pour sortir de la pauvreté. Ils dépenseraient plus d’énergie à se conformer aux règles qu’à se sortir de la misère, argue-t-il.

Menées à travers le monde, entre autres par la Banque mondiale, diverses expériences démontrent qu’en général, les pauvres font les bons choix quand on leur procure les moyens financiers nécessaires, sans passer par l’intermédiaire de la fonction publique. Mieux : le RMG permet de briser le cercle vicieux de l’aide sociale où il est souvent plus rentable de rester que de se trouver un boulot.

Fiscalement possible
Autre avantage du RMG : il permettrait de rendre acceptables aux yeux de plusieurs les jobines mal payées (désolé pour le pléonasme). Ensuite, elle inciterait certains travailleurs, surtout les plus âgés, à réduire leur temps de travail en acceptant de travailler à temps partiel ou en prenant des congés sans solde afin de s’engager dans d’autres activités, comme s’adonner au bénévolat ou s’occuper d’un membre de la famille dans le besoin.

Autre avantage, il y aurait plus de justice sociale, tout le monde aurait désormais des revenus imposables.

En échange, fin d’assurance-emploi, de l’aide sociale, des congés de parentalité payés, des allocations familiales, des suppléments de revenus, des médicaments gratuits pour les assistés sociaux. Les diverses cotisations payées par les travailleurs et les employeurs pour payer une bonne partie de ces programmes seraient abolies, et rediriger vers l’impôt sur le revenu.


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