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Surveillance au travail : êtes-vous épié au bureau?

Elizabeth Bromstein|

Il vous arrive de vous récurer le nez au travail lorsque vous vous sentez à l’abri des regards indiscrets? Vous devriez probablement vous abstenir – pas seulement parce qu’il s’agit d’une pratique dégoûtante, mais aussi parce que vos moindres faits et gestes sont peut-être épiés par une caméra cachée.

La vie privée au bureau est un sujet chaud à l’heure actuelle, car les employeurs ont souvent recours à des technologies qui leur permettent de surveiller l’utilisation de leurs équipements informatiques. Un article paru dans le quotidien Globe and Mail indique que les logiciels SpyAgent, NetVizor et WebWatcher peuvent être utilisés par les employeurs pour détecter les visites dans les sites de pornographie ou de jeu en ligne. Et ce n’est pas tout! Votre patron dispose de plusieurs options pour vous garder à l’œil.

Pour en savoir plus, j’ai communiqué avec le directeur principal du Privacy and Cyber Crime Institute et professeur agrégé à l’Université Ryerson, pour connaître les méthodes utilisées par les employeurs ainsi que la légalité de ces méthodes.

Levin dresse une liste d’exemples, notamment des technologies permettant de conserver une copie des sites Web visités et de détecter certains mots clés dans les courriels; des caméras utilisées pour enregistrer et observer les activités des employés; des laissez-passer/clés permettant de tenir un registre des déplacements; des caisses enregistreuses comptant le nombre de retours de marchandise associés à chaque commis, ce qui permet de détecter les fraudes; et le suivi par GPS des dispositifs mobiles qui permet de tracer le parcours d’une personne tout au long de la journée.

Il existe des méthodes de surveillances plus extrêmes. « Bien qu’ils soient moins nombreux à le faire, certains employeurs ont recours à des enregistreurs de frappe, c’est-à-dire des logiciels installés à l’insu des utilisateurs qui conservent un registre de toutes les frappes du clavier en plus d’effectuer des captures d’écran périodiques. »

Cette méthode de surveillance peut sembler excessive et injustifiée, mais dans les faits, mais il existe peu de lois empêchant cette pratique au Canada. Règle générale, l’employeur a tout loisir de surveiller ses employés. Toutefois, il existe une certaine jurisprudence à ce sujet.

M. Levin mentionne le cas d’un enseignant en technologies des communications de Sudbury qui a été accusé de possession de pornographie juvénile. Après trois actions en justice, la Cour d’appel de l’Ontario a jugé que les droits de l’enseignant ont été violés par les policiers lorsque ces derniers ont fouillé un ordinateur portable qui lui était prêté par son employeur, et ce, sans mandat de perquisition. Un technicien en informatique de l’employeur avait trouvé des photos d’une étudiante mineure et avait ensuite confié l’ordinateur à un supérieur, qui l’a ensuite remis aux policiers après avoir copié les images sur un autre disque. La Cour a statué que, bien que la preuve recueillie par le technicien et son supérieur soit admissible, la fouille effectuée par les policiers était illégale et tout élément de preuve recueilli par ces derniers est par conséquent inadmissible. Selon le jugement rendu par la Cour, le droit à la vie privée de l’accusé a été bafoué par les gestes des policiers.

M. Levin affirme que ce cas est « le premier du genre à affirmer qu’il existe un certain droit à la vie privée lorsqu’une personne est au travail. » Il ajoute : « Au Canada, il n’existe pas beaucoup de lois qui protègent les employés du secteur privé. »

Je suis généralement pour le droit de l’employeur de surveiller les activités de ses employés pendant les heures de travail. Votre bureau est le domicile de votre employeur, non? Et ce qui se passe dans votre demeure est votre responsabilité, non? Eh bien, il en va de même pour votre employeur. Il en va de même pour les équipements qui vous sont prêté, notamment les ordinateurs portables et dispositifs mobiles de l’entreprise. Certaines personnes croient que ce raisonnement mène ultimement à la création d’un régime « totalitaire » au sein duquel les employés se verront greffer des puces informatiques permettant d’envoyer des chocs électriques à l’employé si ce dernier a le malheur d’utiliser le téléphone du bureau pour souhaiter un bon anniversaire à Maman. Je crois simplement qu’une attitude trop relâchée empêche l’employeur d’établir des normes et sert surtout les personnes qui abusent des équipements de l’employeur à des fins personnelles.

M. Levin n’est pas tout à fait du même avis. « La question est de savoir s’il existe une limite aux méthodes qui peuvent être utilisées par un employeur. » Selon lui, certaines libertés fondamentales ne doivent pas être brimées. « Sommes-nous prêts à accepter l’idée qu’un employeur peut surveiller tous nos gestes et nous réprimander pour toute perte de temps ou pour l’envoi de certains courriels? Est-ce vraiment l’avenir que nous envisageons pour le monde du travail? Personnellement, je crois qu’il devrait y avoir des limites à ce que l’employeur peut faire. Par ailleurs, je crois qu’il est dans l’intérêt des deux parties de se comporter de manière raisonnable. »

Bon bon, il ne s’agit que de mon opinion. De toute façon, en tant que travailleuse autonome, je suis à l’abri de ces manigances (nous pourrions carrément éliminer le problème si nous étions tous travailleurs autonomes!) N’hésitez pas à partager vos commentaires.


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