Naguère, le téléphone régnait en maître sur les communications d'entreprises. Aujourd'hui, presque tout passe par le courriel. Les temps sont durs pour les cancres de l'orthographe. Qui corrige leurs fautes quand ils pianotent sur leur Blackberry? Sûrement pas leur adjointe (quand ils en ont une).
Où est le mal, dites-vous? Si les fautes ternissent l'image de l'employeur, elles gâchent celle de l'employé. Peu importe le domaine. Quand on peine à déchiffrer les courriels d'un collègue ou d'un supérieur, on finit par mettre en doute ses compétences techniques, affirme Pascal Champagne, un jeune ingénieur découragé par ce qu'il observe dans son milieu de travail. Imaginez donc la réaction des clients et employeurs potentiels!
L'intérêt porté aux compétences linguistiques dépasse nos frontières. Début juillet, la BBC rapportait que plus de la moitié des employeurs britanniques étaient préoccupés par cette question. En France, les cours de mise à niveau, joliment appelés « stages d'orthographe », font fureur auprès d'une clientèle recrutée à tous les échelons des entreprises.
Car pour avancer dans sa carrière ou simplement décrocher un job, un travailleur a tout intérêt à savoir se vendre… sans faute. Comme l'explique un responsable du recrutement cité l'automne dernier dans Le Nouvel Observateur, « pour sélectionner les candidatures, on nous demande d'oublier l'âge, le sexe, la nationalité, l'adresse. Alors on cherche des éléments objectifs. Une bonne maîtrise de la langue, c'est un indice de culture, de capacité à communiquer. »
Chez Référence Capital Humain, un cabinet de recrutement québécois, on vérifie les compétences linguistiques des candidats appelés à émettre la moindre communication. Autant dire que peu y échappent.
D'abord reconnaître le problème « Les résultats sont soumis aux employeurs, qui s'en servent parfois pour effectuer un premier tri », constate Marie-Hélène Savard, vice-présidente du cabinet. Les cancres de l'orthographe sont parfois éliminés d'emblée, peu importe la qualité de leur CV.
Quand ils apprennent la raison de leur déconfiture, certains candidats tombent des nues. Le message n'est pas toujours bien reçu. « Quand on a un bac ou une maîtrise, pas facile pour l'ego de se faire dire qu'on n'a pas réussi un test à la portée d'un élève à la fin du secondaire », explique Mme Savard.
Les femmes seraient-elles plus humbles à ce chapitre? Chose certaine, elles sont plus nombreuses à suivre des cours d'appoint en français écrit et en rédaction, selon Nathalène Armand, formatrice chez Technologia, fournisseur de services de perfectionnement aux entreprises.
Parmi les difficultés linguistiques les plus fréquentes, Mme Armand cite les anglicismes, « un enjeu majeur au Québec ». Suit l'accord des participes passés, très douloureux pour certains, de même que la concision.
Dans ses classes, la formatrice a aussi constaté que les participants peinaient à bien structurer leur texte. Certains n'ont jamais acquis les réflexes de base. « Quand je leur dis qu'il faut prendre le temps de penser avant d'écrire, pour beaucoup, c'est une révélation », dit-elle.
On a longtemps dévalorisé l'enseignement du français, remarque Mme Armand. Maintenant qu'on se rend compte que la communication a une valeur, on voudrait que tout le monde sache écrire du jour au lendemain.
Or, rédiger n'a rien de facile, insiste-t-elle. Les employés devraient revendiquer leur droit à se doter de bons outils. Pas seulement des logiciels comme Antidote. Des dictionnaires aussi. Et de la formation pour apprendre à les exploiter au maximum.
Le français à l'école avant le français au bureau En 2007, le ministère de l'Éducation a semé l'émoi en annonçant qu'il envisageait de ne plus compter les fautes d'orthographe, de syntaxe et de ponctuation dans la correction de l'épreuve uniforme de français au collégial.
Non seulement le ministère a-t-il rebroussé chemin, mais il a de plus présenté en février dernier un plan comportant 22 mesures destinées à améliorer l'enseignement du français au primaire et au secondaire.
« Les élèves devront écrire un texte au moins une fois par semaine dans le cadre de leur cours de français et faire régulièrement une dictée de manière à ce que l'acquisition des connaissances puisse être vérifiée », a affirmé la ministre responsable, Michelle Courchesne.